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Villes « high-tech », Villes « low-tech » (20/11/16)

Villes « high-tech », Villes « low-tech » (20/11/16)

La ville connectée promet un nouveau vivre ensemble. Cet idéal, assis sur une vision hypertechnologique, est réducteur de ce que seront les villes de demain.

C’est sans doute une tendance de fond et il faut s’en réjouir : parmi les innombrables définitions de la ville intelligente, la dimension numérique n’est plus systématiquement mise en avant comme condition indispensable à l’apparition de cette nouvelle Babylone 3.0. Dit autrement, et en faisant un détour par des slogans publicitaires connus, le regard sur ce que devrait être ville intelligente est ainsi passé de « l'avance par la technologie » au « progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ». S’il ne fait aucun doute que nos villes doivent devenir plus « intelligentes », c'est-à-dire tout simplement plus vivables, cet idéal ne deviendra réalité qu’en composant entre les dispositifs numériques qui facilitent la vie en ville (« high-tech ») et la participation directe et renouvelée des habitants pour faire émerger de nouvelles initiatives (« low-tech »). C’est la combinaison de ces deux dimensions qui permettra d’apporter une réponse à la question centrale de toutes les réflexions sur la smart city : comment souhaitons nous vivre dans nos villes aux-côtés de ces nouvelles technologies ?

Loin des clichés de quelques villes nouvelles hyper-connectées - Songdo en Corée, Masdar aux Emirats Arabes Unis…. -  dans lesquelles c’est le numérique qui commande l’urbanisme, la dimension intelligente de nos villes ne peut pas se résumer pas à une simple question de capteurs ou de data. Certes, l’interconnexion des réseaux, l’appropriation massive d’internet et l’émergence d’une culture de la mobilité, ouvrent au numérique dans nos villes un champ d’exploration inédit mais considérer cette seule dimension technologique comme un aboutissement conduit à une impasse. Partout où l’on voit des exemples réussis de « villes intelligentes », c’est que la technologie a réussi à proposer aux citoyens une « nouvelle expérience client » qui repose sur des usages pratiques. C’est à cette seule condition que le numérique, devenu presque invisible tellement il se banalise et que le service fourni apporte un réel bénéfice à ses utilisateurs, est constitutif de cette ville « high-tech ». Que l’on parle de services connectés qui procurent des informations fiables sur la mobilité urbaine (transports en commun, stationnement…), la gestion de l’énergie à l’échelle d’un quartier (smart grid ou comment établir un système d'échange d'énergie au sein d'un îlot de bâtiments), la gestion des données, l’éducation en ligne, la solidarité intergénérationnelle ou le dialogue direct entre élus et citoyens …. autant de caractéristiques des villes dites « intelligentes » qui s’appuient sur le numérique (sites internet, applications, plateformes collaboratives, réseaux sociaux…) pour fluidifier et améliorer la vie de leurs habitants.

Citoyens et consomm’acteurs

Cette ville numérique dans laquelle la technologie est accessible à tous passe par des initiatives caractéristiques d’une démocratie « 2.0 » dans laquelle les citoyens interagissent pour devenir acteurs des décisions de leur quotidien. C’est le sens d’un des objectifs du programme de développement durable des Nations Unis[1] qui rappelle que pour que les villes soient « résilientes et durables », cela passe notamment par le fait d’associer les citoyens à la décision. Le numérique étant ici un vecteur utile permettant de réduire le fossé qui s’est creusé entre l’action (aux mains des politiques) et le détachement des citoyens pour la chose publique. Cette idée de ville « high tech », connecté à l’ensemble de ses habitants se retrouve dans un rapport (2015) du Conseil National du Numérique[2] qui détaille des pistes de co-création de nouvelles politiques publiques qui reposent sur une nouvelle forme de gouvernance où le citoyen participe et devient plus actif, plus consomm’acteur». Il existe de nombreuses initiatives prises par des villes en faveur de l’écoute directe de leurs habitants : New York et San Francisco  ont par exemple opté pour une refonte de leur organisation municipale en nommant un responsable de l'innovation numérique - Chief Innovation Officer - en charge de l’amélioration de la communication directe avec les citoyens. Au Canada, Montréal s’est dotée d’un Bureau de la Ville Intelligente et Numérique[3]  ayant pour priorité l'écoute des citoyens via des «causeries citoyennes» permettant de faire participer les habitants aux principaux projets et les interroger sur leurs préoccupations dans des domaines aussi variés que le dialogue avec les élus, les transports, la sécurité ainsi que les conditions d’émergence de la ville connectée au service de tous. En France, dans la quasi-totalité des grandes villes, de nombreuses initiatives numériques ont été prises en tant que nouveaux vecteurs de citoyenneté : budget participatif, politiques d’open data au service des citoyens… autant de démarches d’une ville « high tech » dans laquelle les habitants sont en capacité d’interagir avec leur cité.

Ville « low tech »

Face aux illusions technologistes de la ville, émerge des visions alternatives qui prônent une forme de frugalité numérique. Plutôt que de se focaliser sur une approche strictement technologique de la ville, des initiatives citoyennes utilisent la technologie pour rassembler et rendre disponible à tous les connaissances et les expériences des autres citoyens d’un quartier ou d’une ville. Ce cercle vertueux « d’open source citoyenne » permettant d’initier une mobilisation des habitants pour qu’ils s’investissent dans des projets collectifs dans lesquels le numérique n’est qu’un outil et non une fin. Ce modèle de ville « low tech » existe à Madrid et à Barcelone, via les initiatives de Ateneus de Fabricació[4] et Laboratorios ciudadanos[5]. Ces nouveaux lieux physiques d’innovation et de participation citoyenne œuvrent dans des domaines aussi variés que l’économie collaborative, l’apprentissage du numérique ou l’écologie. De tels espaces ayant émergé spontanément et sans la moindre planification préalable ; au gré de locaux vacants et de l’élan de citoyens ordinaires soucieux de faire participer les habitants à des projets concrets. A Madrid, on compte une vingtaine de ce genre de laboratoires ouverts depuis une dizaine d’années à l’initiative de collectifs d’architectes-urbanistes ayant eu la volonté de théoriser de nouvelles manières de penser la ville en mode « open source ». A Amsterdam, ce mode de participation citoyenne fait également partie de la palette des élus. Ces derniers, et à la façon du site participatif Wikipédia, faisant participer les habitants à chaque nouveau projet urbain structurant[6] afin que leur ville de demain soit le résultat d’un urbanisme partagé et non plus issu d’une vision « top-down ».

Alors, villes « high-tech » ou villes « low-tech » ? La réponse à ces formes d’organisation restant avant tout politique et citoyenne dès lors que les technologies déployées ont pour priorité d’améliorer le bien-être des habitants.

Pour en savoir plus sur les villes connectées, retrouvez mon ouvrage « Ville connectée = vies transformées- Notre prochaine utopie ? », Sept 2015 – éditions Kawa

Lire mes chroniques parues sur le blog latribune.fr

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