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Pourquoi Google s’intéresse à la ville ? / La Tribune (01/10/15)

Si le numérique a déjà changé nos loisirs, notre travail et prochainement notre santé, il changera aussi nos villes. Google, via sa start-up Sidewalk Labs, veut désormais être aux avant-postes de cette révolution urbaine. Chances et risques de cette nouvelle ère numérique.
Le 21ème siècle sera celui des villes. Avec, en 2030, cinq milliards d'urbains puis presque huit en 2050, les villes concentreront l’essentiel de la population. C’est, à n’en pas douter, pour répondre à cette « nouvelle frontière », des villes dites intelligentes et connectées, que Google a créé sa « start-up » dédiée à l’amélioration de la vie urbaine. Au sein d’Alphabet, nouveau nom de la holding qui regroupe les activités du géant de Mountain View, Sidewalk Labs – que l’on pourrait traduire par Laboratoire urbain – affiche de grandes ambitions : s'attaquer aux problèmes du logement, aux coûts de la vie et à l’amélioration des réseaux de transports. Quand on connait la détermination de Google à vouloir changer le monde, comme en témoigne Google X, laboratoire secret qui travaille sur des projets visionnaires tels que les voitures sans conducteur, l’envoi de ballons pour connecter les zones les plus reculées, ou encore des capteurs sanguins pour détecter les maladies et, pourquoi pas, vaincre la mort, nul doute que Sidewalk Labs se donnera les moyens de ses ambitions pour connecter la ville.
La ville, cette « nouvelle frontière »
Quelques jours après sa création, Sidewalk Labs passait à l’action en bouclant l’acquisition de deux sociétés spécialisées dans le déploiement de la wifi dans les villes. Intersection, la nouvelle entité créée, affichant son objectif de quadriller New York de dix milles stations wifi gratuites haut débit pour un coût avoisinant les deux cents millions de dollars. Il faut dire qu’avec Dan Doctoroff à la tête de Sidewalk Labs, ex-Monsieur développement économique de la ville de New York et promoteur du projet LinkNYC, le terrain était fertile pour que cette ville devienne la nouvelle vitrine de Google en matière de ville connectée et ouverte.

Si l’on réunit l’un et l’autre de ces faits – l’explosion démographique urbaine et la prégnance croissante du numérique dans les villes – on ne peut s’empêcher d’imaginer les risques liés à cette emprise des Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) sur les villes et nos vies. Sans tomber dans le déclinisme, la technologie permet certes de formidables progrès dans les villes mais peut aussi être la source de dangers pour ses habitants.

La ville hyper-connectée c’est d’abord le règne de la quasi-transparence. Celui qui maîtrise les données fabriquées par la technologie numérique de plus en plus présente dans nos villes, peut, dans l’absolu, presque tout voir, tout entendre et même être en capacité de prédire. Tous ces capteurs et objets connectés qui facilitent nos vies nous font entrer dans une ère nouvelle, celle des données personnelles et de l’identité numérique, celle de nos traces laissées suite à nos trajets, nos activités et nos rencontres. Face à ce risque de la montée en puissance d’un Big Brother voulu par l’Etat (pour des raisons de sécurité intérieure) ou développé par des sociétés privées (pour des raisons commerciales) il ne faut compter que sur la mise en place de règles strictes de protection de nos vies privées destinées à renforcer notre droit à rester libres face à des technologies qui, si elles ne sont pas suffisamment contrôlées, peuvent aboutir à la destruction de nos libertés.

Erreur 404 ! Merci de redémarrer la ville
Sur un autre plan, la ville hyper-connectée c’est ensuite le risque de se faire « hacker ». Dès lors que le numérique irrigue tous les secteurs de la ville, la propagation de virus informatiques pouvant créer le chaos n’est plus une idée digne de quelques scénaristes d’Hollywood en mal d’action. Au printemps dernier, un hacker argentin spécialiste de la sécurité des réseaux informatiques a réussi à faire la démonstration qu’il pouvait, à partir d’un ordinateur portable et d’un drone connecté, contrôler des milliers de capteurs installés dans la chaussée et ainsi prendre potentiellement le contrôle d’une partie des feux de signalisation de Washington. On le comprend, l’un des risques de ces villes connectées c’est qu’elles deviennent des ordinateurs insuffisamment protégées des virus et des hackers ou bien conçues avec des logiciels qui ont peine à s’adapter. La construction des sécurités est une exigence absolue que les concepteurs de ces « smart cities » doivent maîtriser de bout en bout dans leurs plans d’architectes.
Ne nous y trompons pas. Derrière les technologies figure presque toujours une idéologie. Le net n’est pas neutre. Derrière les algorithmes qui gouvernent désormais bon nombre de nos actes quotidiens, il y a des programmateurs qui y injectent une certaine vision du monde. Pour Sergey Brin et Larry Page, les deux fondateurs de Google, leur ambition commune n’a pas varié : régler, dans les cent prochaines années la majorité des problèmes que rencontre l’être humain. Quand, en 2100, la population mondiale atteindra onze milliards d'habitants dont huit milliards d'urbains, le projet quasi-messianique de Sidewalk Labs sera sans doute réalisé pour, espérons-le, Urbis et Orbi, le plus grand bien de la ville et du monde.
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