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Les villes intelligentes face au terrorisme / La Tribune (22/11/15)

Les attentats de Paris nous rappellent que les grandes villes du monde sont des cibles de choix pour les actions terroristes. Londres, Madrid, New-York, Bombay, Copenhague, Nairobi, Bamako… la moitié de l’humanité désormais urbaine – 70% à horizon 2030 – est menacée par cette guerre diffuse. Pour contrer cette menace, la bataille des moyens, avant tout numériques, est engagée.
La France aura-t-elle son Patriot Act, cette loi votée par le Congrès des Etats-Unis au lendemain des attaques sur les tours du Wolrd Trade Center à New York et destinée à simplifier les procédures de lutte contre le terrorisme par le gouvernement ? Porté par l’actuel esprit d’union nationale et adoubé par une opinion publique prête à troquer un peu de ses libertés contre plus de sécurité, nos dirigeants politiques n’ont d’autres choix que de renforcer les moyens de contrôle pour prévenir d'autres futurs attentats dans nos villes. Que certains déplorent cette pente sécuritaire ou s’en félicitent, le numérique est au cœur de cette bataille des moyens. En témoigne, la récente loi sur le renseignement votée en juin de cette année qui dispose que les pouvoirs publics ont les moyens de procéder à une surveillance massive des citoyens au moyen des métadonnées sur internet. Quand on sait que Daech recommande à ses recrues de recourir à des logiciels de chiffrement pour rendre illisibles leurs conversations, il est évident que les enquêteurs doivent avoir accès à la plus infime trace numérique des terroristes soupçonnés.
A l’échelle d’une ville, comment la lutte contre le terrorisme peut-elle s’organiser ? A côté de l’indispensable renforcement des moyens policiers comme à New York avec la création d’un département de 3500 civils et policiers dédiés à la collecte de renseignements sur les personnes suspectées de terrorisme, le numérique jouera un rôle de plus en plus central. Que l’on jette l’opprobre sur les géants du net, accusés d’entretenir le terreau de la radicalisation des djihadistes et de faire preuve de laxisme pour éradiquer les contenus de propagande ou que l’on étudie comment ces groupes terroristes se structurent et utilisent le web pour préparer leurs attaques, l’état d’urgence numérique est déclaré.
Liberté, égalité, surveillés
S’il est bien sûr impossible de mettre un policier derrière chaque suspect et à chaque coin de rue, le recours aux nouvelles technologies contribue à déjouer des évènements criminels.
Classiquement, le vieux débat sur le risque d’avènement d’un Etat policier si l’on suréquipe nos villes de caméras de vidéosurveillance ne manquera pas de ressurgir. Si les services de renseignement cherchent à être le plus en amont possible des actions terroristes, encore faut-il que les enquêteurs puissent traquer, repérer et suivre à la trace les criminels dans les rues des grandes villes. Alors que les rues de Paris ne comptent qu’à peine plus de 1500 caméras – auxquels s’ajoutent 10000 autres dans les transports en commun - Londres fait figure de championne du monde de la vidéo numérique : dans cette ville, la municipalité et ¬Scotland Yard gèrent plus de 10000 caméras en plus du demi-million d'appareils installés dans les magasins, les immeubles privés sans oublier les boîtes noires qui enregistrent le passage de toutes les voitures aux grands carrefours afin de surveiller le paiement de la taxe automobile en centre-ville.

A côté de ces dispositifs physiques de vidéosurveillance, le big data joue un rôle croissant en matière de lutte contre l’insécurité urbaine. En se couvrant de capteurs qui produisent des milliards de données, les villes connectées permettent à ceux qui sont en charge de la sécurité des villes de déjouer diverses formes criminalité urbaine. Dans plusieurs villes des Etats-Unis (Atlanta, Los Angeles) mais également en Europe (police du Kent au Royaume-Uni) le logiciel américain PredPol utilise le big data pour donner des indications sur les prochains délits. Comme dans le film Minority Report de Steven Spielberg, c’est une machine qui prédit les crimes avant même qu’ils ne surviennent. Ces logiciels policiers alimentés par les statistiques (du passé) et les algorithmes (du futur), déterminent des corrélations de « police prédictive » qui répondent aux attentes politiques des citoyens inquiets pour leur sécurité.
Ailleurs, ce sont les citoyens aux-mêmes qui participent à la sécurisation des villes. Qu’il s’agisse de l’application Facewatch, dévoilée par Scotland Yard lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012 et qui permet, grâce au crowdsourcing, de signaler à la police des personnes suspectes ou de l’application Cityhero qui a pour slogan Better cities, better citizens, les citoyens connectés n’hésitent plus à se faire les auxiliaires des forces de l’ordre. En allant un cran plus loin, rappelons que l’Etat Chinois n’a pas hésité à faire appel à des hackers pour déjouer plusieurs cyber-attaques visant son système de défense militaire.

Dans les villes intelligentes, connectées et en réseaux aujourd’hui menacées par cette " guerre diffuse " où l'ennemi est sans visage et où la violence peut éclater n'importe où et viser n'importe qui, les citoyens attendent des politiques qu’ils renforcent les mesures de sécurité. Non pas seulement la simple et indispensable sécurité policière mais aussi, et comme dans tout régime démocratique, la sécurité du respect des droits et des libertés fondamentales et ceci dans un climat de confiance. Le ministre de l'Intérieur l’a rappelé : " L'état d'urgence n'est pas le contraire de l'état de droit, il en est le bouclier ", façon de dire que dans nos villes connectées, la sécurité doit être la première de nos libertés.
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