Return to site

Le numérique et la démocratie / Les Echos (06/12/15)

Alors que les Français se passionnent de moins en moins pour la vie politique et que, d’élections en élections, le taux de participation recule, le numérique permet de rebattre les cartes de la démocratie et offre aux citoyens de nouvelles façons de se faire entendre. Le web va-t-il contribuer à changer la manière de gouverner ?
En cette période électorale, il est banal de rappeler que le politique ne se porte pas au mieux. Entre des citoyens désabusés et tentés par les extrêmes, et une critique généralisée –trop souvent injuste – des élus, le dialogue entre les citoyens et le personnel politique fonctionne mal. S’il est présomptueux de penser que le numérique permet de réenchanter la politique, force est de constater que les nouveaux outils de consultation, de référendum et de délibérations collaboratives, tous en lien avec les nouvelles technologies à la portée de tous, donnent à la démocratie un nouveau souffle.

Citoyen 2.0
Grâce aux nouveaux outils digitaux, le digital empowerment (« empouvoirement » dans sa version française) permet aux citoyens d’avoir un impact direct sur la loi grâce à une proposition ou une pétition en ligne, ou encore en votant le budget d’une ville via un simple clic. En faisant apparaitre une démocratie plus directe, le numérique marque la fin des organisations pyramidales au profit de structures relationnelles horizontales et en réseaux. Aujourd’hui, lancer une pétition en ligne ou créer un réseau social citoyen est à la portée de tous. Des outils très simples d’utilisation se sont créés : change.org, edemocratie.net, voxe.org ou encore les applications Fluicity, Gov, PopVox, Vooter… permettent à chacun de s’exprimer pour faire entendre sa voix. Tant au niveau des Etats que des villes, les exemples d’expressions directes des citoyens ne manquent pas :
En France, l’initiative récente d’Axelle Lemaire, Secrétaire d'État chargée du Numérique, va dans ce sens d’une implication du citoyen dans la co-création d’une loi. Plus de 5000 participants et 4800 contributions ont permis à la future loi sur le numérique de s’enrichir d’une dizaine de nouveaux articles.
Partout dans le monde, les exemples sont désormais nombreux qui montrent combien les outils technologiques révolutionnent la participation des citoyens et permettent beaucoup plus qu’un référendum ou une simple consultation.
En 2011 en Islande l’Etat décida de se doter d’une nouvelle Constitution en sollicitant, via internet et les réseaux sociaux l’avis des 330000 habitants. Plus à l’Est, à Iekaterinbourg, 1500000 habitants, des collectifs de citoyens se sont mobilisés via les réseaux sociaux contre les élus municipaux qui tardaient à faire réparer les trous béants dans la chaussée endommageant les voitures. Pendant plusieurs nuits, ils se sont relayés pour dessiner le visage du maire et du gouverneur avec, en guise de bouches béantes, ces énormes nids de poules. Devant le buzz créé par cette initiative citoyenne relayée par les media locaux, les élus n’eurent guère d’autre choix que de faire intervenir en urgence les services de la ville pour remettre en état les routes éventrées. N’oublions pas de citer les mouvements populaires de ces dernières années - Printemps Arabes, grèves des étudiants à Hong Kong, « Occupy Wall-Street », place Maidan à Kiev – qui n’auraient pas pu avoir la même ampleur sans la puissance des nouveaux outils de communication utilisables par tout un chacun.

Une nouvelle « App’titude » à gouverner
Le numérique pousse à l’avènement d’un renouveau de la gouvernance démocratique. A charge pour les élus de s’adapter à cette nouvelle donne et d’organiser cette nouvelle prise de parole publique. Aujourd’hui, tout reste encore à inventer en ce compris la notion de « démocratie participative » mêmes si de nombreuse initiatives sont prises en ce sens par des acteurs privés et publics. Citons notamment l’action volontariste de la ville de Montréal qui a créé en 2014 un Bureau de la Ville Intelligente et du Numérique axé sur l'écoute des citoyens. L’une des premières actions de ce bureau fut de créer des causeries citoyennes permettant de faire participer les habitants aux principaux projets et de les interroger sur leurs préoccupations dans des domaines aussi variés que le dialogue avec les élus, les transports, la sécurité mais aussi les conditions d’émergence de la ville numérique.

Face à de tels bouleversements numériques qui impactent nos vies, une nouvelle ère se présente dans laquelle les acteurs politiques doivent innover et créer les outils permettant à cette société civile de s’exprimer tout au long de leurs mandats et non plus seulement à chaque échéance électorale. Permettre à chacun de participer à la réinvention de la vie démocratique, quelle plus belle et quelle plus urgente ambition pour notre personnel politique en ce début de XXIème siècle ?
All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly