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A la vie, à la mort (15/05/16)

A la vie, à la mort

Deviendrons-nous immortels ? Les avancées de la science couplées aux nouvelles technologies permettent d’envisager la prolongation indéfinie de la vie en bonne santé. Entre phantasme scientifique, réalité numérique et vanité humaine, le transhumanisme le proclame : la fusion de l’humain avec la technique est inéluctable.

L’homme pourra t-il, dans un futur proche, réaliser ce que seuls les dieux étaient supposés pouvoir faire : créer la vie, modifier notre génome, reprogrammer notre cerveau et euthanasier la mort ? Pour Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google, et fondateur de la Singularity Universit, bastion du transhumanisme « Dès les années 2030, nous allons, grâce à l’hybridation de nos cerveaux avec des nano-composants électroniques, disposer d’un pouvoir démiurgique» et d’annoncer que d’ici 2029, nous serons en mesure de faire reculer chaque année la durée de vie d’un an. 2029 étant également selon lui la date à laquelle un superordinateur réussirait le fameux test de Turing, ouvrant ainsi la porte à ces futurs humains connectés, augmentés par l’intelligence artificielle et nanorobotisés.

Avec cette vision de l’homme du futur, tout-puissant et immortel, nous entrerons dans l’époque de la fusion entre la technologie et l’intelligence humaine. Les conséquences de cette révolution numérique n’auront rien à envier au scénario du film Transcendance du réalisateur Wally Pfister dans lequel la conscience du héros est transférée dans un ordinateur quantique. Pas très éloignée de ce film de science-fiction, cette nouvelle ère espérée par les transhumanistes part de l’idée que l’humain se transformera en un être mi-biologique mi informatique connecté au web. Notre immortalité ne sera plus un rêve mais une réalité grâce à notre corps  « réparé », « augmenté »… bref amélioré par les nouvelles technologies implantées dans nos organes et dans nos gênes ainsi qu’à notre conscience téléchargée sur un ordinateur.

Transhumanisme : l’homme 3.0

La philosophie transhumaniste part de l’idée qu’un jour l’homme se libérera de son corps pour ne faire qu’un avec l’ordinateur et, grâce à l’intelligence artificielle, accédera à l’immortalité. Ce rêve (ou ce cauchemar, au choix…)  est né aux Etats-Unis et en Europe du Nord il y a plus de 40 ans. Quelques scientifiques connus ont été à l’origine de ces réflexions et travaux ce dont Julian Huxley – frère d’Aldous Huxley, auteur du Meilleur des mondes – ou encore Marvin Minsky, décédé en début d’année et considéré comme l’un de pères de l’intelligence artificielle. Le véritable essor de l’idée de l’« homme augmenté » date des années 90 quand les nanotechnologies (N), la biologie (B), l’informatique (I) et les sciences cognitives (C) se sont mis à progresser de concert. Les découvertes des uns décuplant la progression des autres. Ces NBIC, pour l’essentiel développés dans la Silicon Valley, là où l’on considère que toutes les frontières de l’humain doivent être sans cesse repoussées, convergent vers un objectif unique : l’homme va améliorer la machine autant que la machine va améliorer l’homme.

Tantôt accusés de « solutionnisme numérique » ou de « techno-libertarianisme », ceux qui travaillent à construire cet « homme nouveau » ont la certitude que la résolution des problèmes de l’humanité passe par l’avancée de l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies. Ces démiurges qui bravent la génétique et les religions entendent  créer la vie, modifier notre génome, reprogrammer notre cerveau et euthanasier la mort. Les conséquences de la réussite d’une telle philosophie pourraient devenir vertigineuses à commencer par l'allongement de la vie, l'éradication des maladies. La découverte récente de cellules souches, capables de régénérer la moelle épinière, le cerveau ou les tissus ont déjà permis de « réparer » des cœurs de souris ; sans parler l’implantation d’organes artificiels : même si le premier patient ayant reçu un cœur artificiel est décédé, demain, reins, poumons artificiels connectés… pourront remplacés les organes et gênes naturels défaillants. Une fois la loterie génétique corrigée, l’esprit du transhumanisme nous fera alors passer du hasard aveugle aux choix éclairés, résumé par la formule de plusieurs généticiens : « From chance to choice »,

Au-delà de la technologie, un choix éthique et politique

Le point central de l’acceptation du transhumanisme porte sur la question éthique et politique. En octobre 2015, l’astrophysicien Stephen Hawking signait une tribune  dans The Independant avertissant que « si l’impact à court terme de l’intelligence artificielle dépend de qui la contrôle, à long terme l’impact est de savoir si elle peut tout simplement être contrôlée . Depuis, d’autres voix, dont celles d’Elon Musk et de Bill Gates, ont partagé leurs inquiétudes sur les avancées de ce futur homme transformé issu du développement des machines et de ces progrès technologiques.

Si la prolongation de la vie sans sénilité correspond sans doute à un besoin de civilisation et à un rêve ancestral d’immortalité, les questions que pose le transhumanisme nous renvoient aux fondements de nos origines et au monde que nous entendons créer. Pour ne citer que quelques interrogations liées à ce « beau pays » à rejoindre ou cet enfer à éviter,  allonger la durée de nos vies, voire parvenir à créer l’immortalité grâce à la génétique, nous projetterait dans une humanité à deux vitesses opposant ceux qui auraient pu se faire allonger leurs vies et tous les autres. Sur le plan démographique, comment éviter la surpopulation si les humains ne mourraient plus ? Sans oublier que cette philosophie repoussant la mort ne manquerait pas de susciter de fortes réactions d’hostilité de la part des principales religions déjà opposées aux manipulations sur le vivant et par ailleurs dépossédées de leur raison d’être. Bref, un monde certes technologiquement « avancé » mais potentiellement fragilisé par cette promesse de la « mort de la mort ».

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