Un peu de prospective en ce début d’année 2017 pour imaginer un quotidien dans les villes connectées. Nous sommes en 2050. Bienvenue à Wired City en compagnie de Dina.

Comme tous les matins, les rideaux auto chauffants de la chambre de Dina (à sa naissance, ses parents avaient hésité entre « Cogi », acronyme de « Connected Girl » et « Dina », prénom le plus à la mode et signifiant « Digital Native ») se sont ouverts automatiquement à 07h00. Anticipant cette progressive entrée de la lumière dans la pièce, son Bioserenity, pyjama doté de capteurs biométriques, vient tout juste de transmettre à son assistant médical numérique l’activité cérébrale de sa nuit de sommeil : son indice de repos s’établit à 90, un chiffre normal qui ne génèrera aucune forme d’alerte électronique à son médecin personnel. Dans la pièce, il fait bon : il faut dire que ce sentiment de bien-être ambiant vient de la chaleur fournie par le serveur big data qui ressemblent à s’y méprendre à un radiateur.

Le temps de demander à "Jarvis", son robot domestique, de lancer l’imprimante 3D alimentaire pour préparer son petit déjeuner, Dina file sous la douche où l’eau est à température idéale suite à la programmation de la centrale énergétique autonome locale. Il faut dire que cela fait plus d’une dizaine d’année que les réseaux locaux d’électricité (smart grid) sont devenus la norme à l’échelle de tous les quartiers. C’est en avalant une tasse de café et un brownie que Dina allume son écran intégré à sa table de la cuisine. Dans quelques secondes elle sera connectée avec Mumbai, désormais l’une des villes les plus peuplée au monde avec 44 millions d’habitants, pour une conférence téléphonique professionnelle holographique. Nul besoin de parler hindi. Chacun s’exprimant dans sa propre langue et le tout étant immédiatement traduit par une intelligence artificielle surpuissante.

Mobilité urbaine

08h25 : Dina est en retard mais pas la Tesla WD (Without Driver), voiture sans chauffeur qui l’attend comme tous les matins, devant son adresse : dinaS@wiredcity (c’est en 2030 que les noms des rues ont été supprimés. Tout le monde utilisant à présent les adresses mail pour se situer. Google Map se chargeant de faire le reste grâce à la géolocalisation de tous les appareils connectés). Pendant les 15 minutes du trajet – point d’embouteillage à Wired City : le flot de milliers de voitures autonomes est régulé par un ordinateur central – tout est fait à bord pour que son voyage soit paisible : plateformes de musique en ligne, accès à ses réseaux sociaux, vitres écrans tactiles pour surfer sur le web… Et pour ceux qui voudraient se relaxer, il est possible de s’isoler avec un casque de réalité virtuelle et se projeter « ailleurs » ; sur une plage déserte ou revoir ses dernières photos de vacances stockées sur le cloud. Pour les derniers irréductibles qui n’auraient pas encore succombé à la voiture sans chauffeur (pourtant obligatoire depuis 2040), restent encore les voitures électriques « classiques ». Celles-là se font de plus en plus rares et tout est fait pour qu’elles disparaissent progressivement des villes. Les élus ayant décidé qu’aucune voiture ne pourra circuler si son conducteur n’a pas réservé à l’avance une place stationnement ou ne s’est pas engagé à emprunter au moins une fois dans la journée les transports en commun. Impossible de tricher, les puces embarquées omniprésentes dans les poches ou sous la peau trahiront tout resquilleur.

Droit du citoyen et du numérique

Dina aime son nouveau métier. A peine diplômée de deux MOOC parmi les plus réputés du pays, elle s’est vite spécialisée en « Droits Digitaux », sans doute la branche du droit qui a le plus évolué depuis ces trente dernières années. Devenue avocate, sa spécialisation était toute trouvée : Droit du citoyen et du numérique, une nouvelle branche du droit numérique qui n’en finit pas de s’étoffer depuis que les robots et l’internet des objets font partie du quotidien de chacun. Après quelques années de pratique dans un grand cabinet, Dina a sauté le pas et a créé, OneLine Equal Acces, une agence de notation qui mesure la loyauté des plateformes numériques en open data et en égalité numérique. Sa connaissance aigue des questions juridiques sur la neutralité du Net et le biohacking – des hackers réussissent à pirater et à cloner le patrimoine génétique des humains – lui ont vite permis de se faire une clientèle sur ce sujet très sensible.

En cette année 2050, toutes les données publiques ont été versées dans de gigantesques bases de données accessibles via le cloud. L’open source n’en finit pas d’évoluer et s’est transformé en une vaste décharge où tout se trouve, tout s’achète, tout se vend. Nous en sommes à la 3ème génération de l’Open Cloud et tous les Data Crunchers et autres Chief Data Officers (CDO)  qu’emploient les SVUN (nouveaux nom des villes : « Services de la Vie Urbaine Numérique ». Les SVUM associent à parité les « SPHNV : services publics à haut niveau de services » et des partenaires privés.) travaillent sur la définition d’une charte des droits et des devoirs applicable aussi aux objets connectés et à leurs protocoles de communication « cross-plateform ». En dépit de son jeune âge, 25 ans, Dina est fière de faire partie de ces quelques spécialistes de ces questions juridiques très pointues.

Ses réunions du matin terminées, Dina avale sa pause déjeuner : un sandwich dont tous les ingrédients ont été récoltés à moins d’un kilomètre grâce à la présence de nombreuses fermes verticales qui envahissent le nord de la ville. Les tomates, qui ont poussé grâce aux LED, sont savoureuses ! Le scan du QR code présent sur l’emballage permet aux lunettes connectées de voir les origines de ces végétaux : de lointains ancêtres en Toscane d’où les graines ont été ramenées il y a plus de 15 ans... Une éternité numérique ! Pour savourer pleinement ce moment, Dina a donné rendez-vous à deux de ses amies qui ont ouvert un bar à salades, par ailleurs « 100% digital detox » : un environnement hors d’emprise du digital, totalement déconnecté, ce qui a fait longuement hésiter les autorités avant de donner l’autorisation d’accueillir du public dans cet endroit « hors du temps ».

La ville de demain ?

Pour cet après-midi, Dina ira travailler chez elle. Nul besoin de rejoindre l’un des 654 WPS (Working Place Station,) espaces de travail collaboratifs répartis dans toute la ville. Ces espaces, réunissant lieux de coworking et fablabs, étant tous parfaitement équipés pour le confort de ceux qui viennent y travailler ; qu’ils soient indépendants ou rattachés à un employeur qu’ils n’auront peut-être même jamais rencontré physiquement.

15h30 : sur le chemin du retour, Dina commande sa voiture sans chauffeur en covoiturage. L’application "Home Please !" fait des merveilles et fait passer Uber pour un service préhistorique. Grâce à ses algorithmes des plus élaborés, "Home Please !" devine le besoin de mobilité des clients tout en organisant les voyages avec d’autres passagers qui partagent les mêmes centres d’intérêt. En toute logique, sa voiture qui roule à l’électricité et à l’hydrogène devrait la déposer chez elle à 15h55 ; exactement l’heure prévue pour la livraison, par drone, de ce qu’elle vient de commander suite à la publicité vue sur l’écran installé dans la voiture. Ces nouvelles lunettes d’expérience immersive promettent d’être un vrai régal. Elle en rêvait depuis longtemps. La publicité parfaitement ciblée qu’elle a reçue alors qu’elle se prélassait à l’arrière de la voiture a fait mouche. Sitôt reçues, elle pourra les essayer pour se rendre à l’adresse #nouveauprojet@wiredcity, à l’est de la ville ; là où un centre aquatique devrait être prochainement construit. Sur place, une réunion citoyenne est prévue au terme de laquelle les présents et les connectés pourront voter pour ou contre ce projet. Ce vote numérique comptera pour plus de 70% dans le vote final des « RC », Représentants Connectés, nouvelle appellation des élus locaux.

Rentrée chez elle à 19h30 heures, Dina se connectera à distance à son fiancé, Webby, en voyage d’affaires à Tokyo. Depuis quelques années, les algorithmes de rencontres se sont incroyablement perfectionnés. Grâce à « InloveforEver » leurs avatars se sont d’abord rencontrés puis ont ensuite arrangé leur première rencontre. Depuis lors, Dina et Webby filent le parfait amour. Même séparés de plusieurs milliers de kilomètres, ils peuvent presque se toucher et partager des rêves communs grâce à leurs « FarAway Couple Headset » ; casques de réalité virtuelle pour couples éloignés. Et puis si Dina n’arrive pas à trouver le sommeil, elle pourra toujours se connecter à sa plateforme vidéo en choisissant de regarder un vieux film du XXème siècle. Pourquoi pas Le cinquième élément  ou Robot Cop  puisque l’action se déroule dans des villes qui n’existeront peut-être jamais…

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